Je sonne l’alerte parce que je vois la droite – canal historique – emboiter le pas de
l’extrême droite.
Parce qu’elle est incapable de se distinguer d’Emmanuel Macron qui applique son
programme économique et social, elle se lance dans une surenchère folle. Au lieu de
bâtir des digues, elle n’ose déjà plus dire comme monsieur Jacob, qu’Éric Zemmour
est raciste.
Madame Pécresse veut réviser la Constitution, monsieur Bertrand a pour priorité
d’abaisser la majorité pénale, et même le placide monsieur Barnier en vient à
contester les institutions européennes et à réclamer un « électrochoc de sécurité ».
Avant, on avait les « chocs », choc de simplification, choc de compétitivité, choc de
confiance, etc. Visiblement, c’était trop peu.
Pas plus tard qu’hier, c’est le vice–président des mal nommés Républicains qui
évoquait une « épuration ethnique » en cours dans les banlieues !
Voilà, je m’agace et m’indigne de voir cette droite qui se dit républicaine s’oublier par
peur d’être siphonnée.
Oui, la République est en danger quand ses défenses immunitaires faiblissent par
lâcheté ou par calcul.
C’est à ce moment de la discussion que d’autres encore me diront, « tu as raison.
L’heure est grave et le péril est grand. Il faut donc se protéger derrière un rempart. Et
le seul rempart connu, c’est Emmanuel Macron ».
Mais non !
Emmanuel Macron n’est pas un rempart, il est le pont–levis qui s’abaisse, année
après année.
Oh ! je ne dis pas qu’il a décidé de faire entrer le loup dans la bergerie. Mais il a
décidé depuis l’origine d’utiliser la peur du loup pour mieux maîtriser le troupeau. Au
lieu de discuter des propositions alternatives que nous présentions, il a sans cesse
cherché à valoriser l’affrontement avec les forces les plus extrêmes pour jouer le rôle
du rempart.
Quel rempart contre l’obscurantisme, le nationalisme et le populisme est–il, lui qui a
valorisé Bigard, Raoult, Villiers, Zemmour… ? Tous ont eu droit aux attentions
complices du chef de l’État. Mais ce n’est pas avec Bigard que l’on comprend le
peuple, avec Raoult que l’on vainc la pandémie, avec Villiers que l’on évoque le
destin de la France, et à Éric Zemmour que l’on demande une note sur
l’immigration !
Il n’a cessé de donner des gages à la droite de la droite, en restreignant le droit
d’asile, en refusant l’Aquarius, en produisant une loi sensée nous protéger du
séparatisme, en passant de « la colonisation est un crime contre l’humanité » à un discours sur la « rente victimaire » des ex–colonisés. La campagne ne fait que commencer et je suis déjà excédé. Je n’en peux plus de ces débats rances. L’époque mérite tellement mieux que ça. Elle est formidablement enthousiasmante ! En tous cas, elle pourrait, elle devrait l’être. Nous faisons face à des défis majeurs qui nous imposent de penser le monde qui vient. Partout en France naissent des initiatives citoyennes, associatives. La solidarité se réinvente dans des tiers lieux. L’économie sociale et solidaire n’est plus regardée avec condescendance. Les nouvelles technologies réinventent nos manières de travailler. Le monde de l’entreprise lui–même s’interroge sur son modèle économique et, même si c’est trop lent, s’interroge sur son empreinte carbone. L’agro–écologie, c’est–à–dire la conception de nos systèmes de production en s’appuyant sur les fonctionnalités de l’écosystème, gagne du terrain. Le monde de la culture ne s’est jamais autant démocratisé. Le rapport à la nature et au vivant fait évoluer notre conception de l’universel. Les tabous sur les violences sautent. Les victimes sortent du silence. Les femmes revendiquent leur place. Et le débat politique devrait tourner autour d’un supposé « grand remplacement » des chrétiens par des musulmans fanatiques ? Sur la responsabilité de Vichy, débat déjà tranché par les historiens. J’ai écouté hier la voix grave de Robert Badinter, s’interrogeant au soir de sa vie. Après avoir évoqué l’arrestation de sa grand–mère en novembre 1942 par la Milice française, il prononce ces mots « Ça me paraissait un orage emporté par les vents de l’Histoire, je n’en suis plus si sûr, aux jeunes générations d’y veiller ». Nous ne laisserons pas Robert Badinter partir en ayant le sentiment que tout recommence. C’est à nous de veiller, de transmettre, et pour cela d’engager la France sur un projet qui fédère. La société française bouge. Elle veut du mouvement. Elle aspire à la justice. Elle demande des comptes aux puissants. Elle demande des comptes, y compris cette semaine à l’Église catholique. Quelques cas de viols sur mineurs, c’est une honte. Des centaines de milliers de cas, couverts par une hiérarchie soucieuse de sa réputation, cela relève du crime organisé. Aucune autorité n’est incontestable. Le silence n’est plus une option. Oui, la société bouge.
Elle réclame l’égalité, à commencer par l’égalité entre les femmes et les hommes.
À cette génération #MeToo, je dis que nous voulons en finir avec l’omerta qui a trop
longtemps couvert les violences faites aux femmes. Nous ferons tomber les tabous
qui pèsent sur la prise en charge de leur santé, sur leur parentalité, sur leur
sexualité. Parce que oui, le privé est politique.
Nous voulons augmenter le pouvoir d’achat des Français parce qu’il est temps de
leur rendre la part qui leur revient. Mais je le dis aussi, nous commencerons par les
Françaises, et dans le prochain quinquennat, l’objectif doit être l’égalité salariale
entre les femmes et les hommes. Ce sont ces femmes dont on a loué les vertus de
premières de corvée qui en seront les premières bénéficiaires : caissières, femmes
de ménage, aides soignantes, infirmières, aides à domicile. Sans oublier ces sages–
femmes qui, hier encore, n’ont eu d’autre choix que de manifester pour être payées
dignement pour l’exercice de l’un des plus beaux métiers du monde…
Ouvrons les yeux ! Une société qui dévalorise les métiers de l’attention aux autres et
qui, « en même temps », tolère l’évasion fiscale, diminue l’imposition des plus riches
quand tous les autres s’appauvrissent, est une société en sursis.
Cette semaine, la presse d’investigation a révélé le nouveau scandale des Pandora
Papers. Après les « offshore Leaks, Luxleaks, Panama Papers, Paradise Papers »…
Et qu’apprend–t–on le lendemain ? Bruno Le Maire et les ministres des finances de
l’Union européenne trouvent le moyen de réduire la liste noire des paradis fiscaux !
C’est la nausée. C’est ce que j’ai dit dans l’hémicycle et que je redis devant vous.
Chaque année, la France et l’Union européenne voient ainsi s’évader 20 % de leurs
recettes au titre de l’impôt sur les sociétés. Ce que ne paient pas ces individus ou
ces entreprises, ce sont tous les autres qui le paient ! Il est là le vrai ras–le–bol fiscal
des Français !
La frontière entre fraude et optimisation fiscale agressive est bien mince. Toutes ces
opérations ne sont pas illégales, mais elles sont immorales parce qu’elles laissent à
tous les autres le soin de payer la contribution aux biens communs : hôpitaux,
écoles, police, services publics…
Quand à la fraude s’ajoutent les cadeaux fiscaux sur l’ISF, la flat tax ou l’exit tax,
pour ne citer que les plus célèbres, il y a de quoi bouillir.
Sur ce quinquennat, 220 milliards de cadeaux aux plus riches et d’aides aux plus
grandes entreprises sans contreparties.
Les solutions existent. Nous les avons défendues. Elles ont été jusqu’ici
systématiquement repoussées par le gouvernement. Nous les défendrons à nouveau
dans cette élection présidentielle parce qu’il n’est pas de cohésion sociale sans
justice fiscale.
Nous voulons la transition écologique. Cette transition n’est plus seulement un
objectif, elle est devenue un impératif.
Elle va supposer de changer nos façons de consommer, de nous déplacer, de nous
loger.
Mais la transition écologique suppose aussi la justice sociale ! Sans la justice
sociale, la transition n’aura pas lieu. Elle sera contestée sur les ronds–points et dans
les rues.
Le prix de l’énergie augmente de façon vertigineuse. Cet hiver, il y a des familles qui
vont devoir arbitrer entre se chauffer et manger. D’autres devront emprunter, non
plus pour investir, mais simplement faire face à ces dépenses de la vie courante.
Le gouvernement a inventé le blocage des prix après la hausse, le parapluie après la
pluie. Il concède un chèque de 100 euros quand l’augmentation représente, pour un
couple avec deux enfants, 800 euros par an. Et ce chèque n’est accordé qu’aux
foyers cumulant un revenu de moins de 1 800 euros par mois…
Trop peu et trop tard ! Par comparaison, le gouvernement espagnol de Pedro
Sanchez a baissé de 50 % la TVA sur le gaz et l’électricité !
Les plus précaires dont le gouvernement se soucie si peu, ce sont encore ceux qui
vont payer sa réforme de l’assurance chômage. Et parmi eux, d’abord les plus
jeunes qui se verront priver de l’accès à l’indemnisation. Qu’il ne vienne pas ensuite
nous dire que « 20 ans reste le plus bel âge de la vie ». L’entrée dans l’âge adulte ne
peut pas ressembler à un parcours du combattant, un bizutage cruel qui oblige à
passer par les files des soupes populaires. C’est pourquoi nous portons l’idée d’un
« minimum jeunesse ».
Ce débat sur l’assurance chômage n’est que la préfiguration d’un autre : qui va payer
la facture du « quoi qu’il en coûte » ? Aujourd’hui, ce sont les chômeurs qui paient
l’acompte. Demain, les retraités. Et ensuite tous les autres, les classes moyennes,
les classes populaires qui règlent pour tous ceux que le gouvernement épargne.
Ils sont là les débats de la présidentielle.
La justice, c’est la seule boussole possible. C’est la nôtre. Je pourrais multiplier les
exemples hors de l’actualité immédiate, mais ce n’est pas le jour.
Vous l’avez compris, chers camarades, j’ai simplement hâte d’entrer en campagne.
Hâte de rendre les coups. Hâte de démonter avec vous tous les discours déclinistes,
défaitistes, fatalistes. Hâte de combattre les discours populistes, complotistes,
nationalistes. Hâte de faire face aux néolibéraux, globalisés, qui placent l’État au
service du capital, détruisent nos biens communs, refusent le partage équitable de la
valeur ajoutée et ne respectent ni les hommes ni la nature.